Chaque jour nous avons le devoir de lutter pour conquérir ou préserver notre liberté. C'est cette envie essentielle de liberté qui motive l'homme à avancer dans sa vie, et c'est la constatation de son accomplissement qui lui procure le bonheur.
"J'ai eu envie de faire une promenade, je l'ai faite donc je suis satisfait." J'ai eu la liberté de pouvoir faire cette promenade, rien ni personne ne fut un obstacle à ma promenade. L'expression de ma liberté a été totale et son assouvissement comblé.
Les atteintes au principe de liberté se présentent sous de multiples fronts hétéroclites. Certains impératifs physiques peuvent empêcher l'homme d'assouvir cette soif; une incapacité médicale par exemple. Et l'homme fait preuve de génie dans ces moments pour s'affranchir d'une dépendance. On a pu suivre les exploits de l'athlète sud africain Oscar Pistorius lors de ces derniers Jeux Olympiques.
Il a pu se qualifier grâce à l'utilisation de prothèses en carbone se substituant à ses jambes. Il a conquis la liberté non seulement de se mouvoir en tout indépendance, mais aussi de se mesurer à ses paires "valides".
La conquête de cette liberté, retransmise en direct à la télévision, est évidente. Elle est admise par des millions de téléspectateurs, et elle est admirable par son audace et par le courage de l'athlète.
Mais il existe d'autres formes de conquêtes de la liberté. Ces petites conquêtes de tous les jours, ce choix que je fais d'éteindre la télévision, ou celui de ne pas avoir de télévision; celui de refuser une idée que l'on veut incruster dans mon esprit en la martelant à longueur de temps, jusqu'au moment où je décide de me faire ma propre opinion en synthétisant les informations à ma disposition et en les confrontant à mes valeurs personnelles, à ma culture et à ce en quoi je crois (que ce soit une religion, une idéologie ou une doctrine) .
L'actualité contemporaine nous donne un effrayant assortiment d'attaques à la liberté. De manière éclatante, nous apprenons quotidiennement les horreurs de la guerre, les crimes en découlant, et donc la négation simple et directe de la liberté de vivre (c'est le moins que l'on puisse dire!) Je lis les journaux, j'entends la radio, la télévision, et je suis abreuvé à outrance de ces conflits. Et puis de manière plus incidieuse, on me dit c'est untel qui attaque untel. Qu'untel "ne mériterait pas d'être sur la terre". Qu'un tel est le porteur de la "démocratie", et l'autre "l'Axe du Mal". Qu'une armée "libre" résiste courageusement à un oppresseur. Qu'un dictateur doit nécessairement être déchu de son trône - et il le sera, la fameuse "communauté internationale" (C'est qui ? C'est vous ? Moi ? Les Blancs ? Les occidentaux ? Ceux qui détiennent la Vérité ? Et pas les Chinois ni les Russes alors...) veillant au grain. La bienveillante OTAN se chargera de rétablir la "liberté" à tous ces peuples opprimés à coups de "bombardements ciblés".
Sauf que j'ai la liberté de constater l'étendue de cette "démocratisation", de me renseigner, de chercher au delà de ce que l'on veut me présenter, voire de me déplacer sur place pour aller vérifier de mes propres yeux.
Cette liberté est un devoir. C'est elle qui fera de moi un Homme, qui me procurera cette satisfaction de constater que finalement je suis libre, que je peux me faire mon idée sur le monde. On pourra me la contester, on pourra me traiter de "salaud" (comme ne se gêne pas pour le faire Bernard-Henri Levy à ses contradicteurs) on pourrait même m'emprisonner que j'aurais eu cette victoire.
C'est souvent dans la subversion, la contestation, l'insoumission et l'impertinence que passe la conquête de la liberté. Il ne suffit pas de dire "les utopistes font avancer le monde". Certains ont le courage immense de passer aux actes, de mettre le pied dans le plat, au risque de leur vie ou .... de leur liberté. Ceux-là font effectivement avancer le monde. Parce que fatalement on en parle, ils font même la une de l'actualité.
Aujourd'hui c'est Julian Assange et le gouvernement équatorien qui font parler d'eux. Je lis avec effarement, dans une publication, un éditorial exprimant insidieusement en substance qu'il n'est pourtant pas dans les habitudes du gouvernement de Correa de s'indigner des attaques contre les droits de l'homme. Et tout ceci asséné comme une vérité bien admise par tous les bien-pensants de cette planète. Or, il se trouve que l'Equateur est de nos jours un pays indépendant, libre et démocratique. A sa tête, Rafael Correa, un économiste de gauche élu avec 56% des suffrages. Il ne fut pas élu de manière moins démocratique que G.W. Bush , que Poutine ou que Sarkosy. Pour le citoyen lambda qui lit cet article, il apprend ainsi que premièrement l'Equateur est plus ou moins une république bananière (ce qu'elle fût jadis) et que ce pays mérite donc d'avoir une réputation sulfureuse, et, en second lieu, qu'en conséquence, le fait qu'elle protège un homme menacé par les polices les plus puissantes du monde a forcément quelque chose de suspect. Mais de quel droit peuvent-ils tenir ces propos ? L'Europe et l'Amérique du Nord souffrent décidément d'un mal récurrent: le complexe de supériorité des pays colonisateurs.
Julian Assange, s'il tombe dans l'escarcelle de la police anglaise, va être livré à la Suède puis extradé certainement aux USA où il pourrait être condamné à la peine capitale (pays de la liberté d'expression, bonsoir !) Il faut savoir de quoi on parle, quand même. Quel crime a commis cet homme ? Il a usé de son droit de liberté pour refuser la censure, pour dénoncer des crimes et éveiller la conscience mondiale des internautes, et par extension des citoyens. Et on cherche à l'arrêter sous le prétexte fallacieux d'un viol. Sur cette affaire justement, voici un intéressant reportage de la télévision australienne:
Comme nous pouvons le constater, la conquête de la liberté est une lutte perpétuelle qui s'exprime de diverses façons.
Une autre attaque à notre liberté individuelle se traduit au travers d'un phénomène qui est un monument, voire une icone sacrée: la société de consommation. Si déjà nous parvenons à résister aux besoins que l'on crée pour nous, alors ce sera déjà une conquête à un niveau "pas si mal". Les moyens pour y parvenir sont innombrables et il appartient à chacun de nous d'y être attentif et de faire preuve d'imagination. Réutiliser les objets au lieu de les jeter (le marché de l'occasion), refuser d'offrire candidement ses données personnelles à des sites commerciaux sur internet, ne pas se laisser embrigadé par des corporations multinationales qui nous prennent pour des vaches à lait en nous vendant du rêve quand nous achetons leurs ordinateurs ou leurs systèmes d'exploitation. Pour ce dernier exemple j'ai par exemple la liberté de passer à Ubuntu. Il paraît que ça veut dire "« Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous » J'aime bien :)
Ne vous gênez pas pour commenter ces lignes de philosophie de comptoir. Je donne sans doute l'impression d'être naïf, de découvrir sur le tard que "l'on nous ment", de croire en la "théorie du complot". Malheureusement il n'est pas question de complot, mais tout simplement de gens qui font leur boulot, un travail qui consiste à façonner les opinions des peuples.

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