jeudi 13 octobre 2011

Vivre

Vivre à fond. 200 km/h ! Une moto sur l'autoroute. Frôler la glissière de sécurité. Comme dans la vie. Jouir du moment présent. Comme un enfant - courir sur le principe de plaisir. Uniquement le plaisir. Vivre sa vie. Faire UNIQUEMENT ce que l'on aime. Ne plus accepter les aphorismes de "bien pensance", les préjugés, les conventions. Jouer. Crier. Courir. Faire ce que l'on veut, et uniquement ce que l'on veut, ce que notre coeur nous dicte de faire, pas ce que les autres pensent qu'il serait bien que l'on fasse, ne pas laisser décider ce qui serait le mieux pour nous. Suivre son coeur. Tout le reste ne compte pas. Les opinions des autres, les certitudes, les conventions, les "ce n'est pas raisonnable", les "tu es fou", les "franchement, je ne te comprends pas" ... tout cela ne compte pas.

jeudi 11 août 2011

réflexion sur le travail

Un jour un ami me dit: "On confond souvent travail et métier." Je trouvais cette remarque pertinente; notre petite discussion se tenait justement à l'époque du fameux slogan "Travailler plus pour gagner plus", aphorisme émanant de gens qui eux-mêmes n'ont que rarement expérimenté le concept "travail". Il serait en effet plus judicieux de dire "Travaillez à un métier que vous aimez", mais celà ne servirait pas la cause de ceux qui veulent nous faire croire que l'on peut devenir riche en travaillant (si devenir riche peut être une fin en soi pour d'aucuns).
Bien souvent, malheureusement, l'humain travaille à une tâche qui consiste à enrichir une seule classe d'individus (communément appelée la classe bourgeoise) voire un seul individu, et ce labeur se voit récompenser par une misérable obole que l'on a pris l'habitude de nommer "salaire",ce revenu ne représentant souvent pas la moitié de ce que l'on mérite. Quant à devenir riche, chers camarades, laissez tomber ! Les seuls riches sont les héritiers du colonialisme et de l'exploitation de l'homme par l'homme. De l'autre côté de la barrière, ferions-nous pareil ?

D'accord, j'en rajoute un peu.
Laissons place alors à la plume d'André Breton:

"Et qu'on ne me parle pas du travail, je veux dire de la valeur morale du travail. Je suis contraint d'accepter l'idée du travail comme nécessité matérielle, à cet égard je suis on ne peut plus favorable à sa meilleure, à sa plus juste répartition. Que les sinistres obigations de la vie me l'imposent, soit, qu'on me demande d'y croire, de révérer le mien ou celui des autres, jamais. Je préfère, encore une fois, marcher dans la nuit à me croire celui qui marche dans le jour. Rien ne sert d'être vivant, le temps qu'on travaille. L'évènement dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa propre vie, cet évènement que peut-être je n'ai pas encore trouvé mais sur la voie duquel je me cherche, n'est pas au prix du travail."

Et plus loin:

"Je hais, moi, de toutes forces, cet asservissement qu'on veut me faire valoir. Je plains l'homme d'y être condamné, de ne pouvoir en général s'y soustraire, mais ce n'est pas la dureté de sa peine qui me dispose en sa faveur, c'est et ce ne saurait être que la vigueur de sa protestation. Je sais qu'à un four d'usine, ou devant une de ces machines inexorables qui en imposent tout le jour, à quelques secondes d'intervalle, la répétition du même geste, ou partout ailleurs sus les ordres les moins acceptables, ou en cellule, ou devant un peloton d'exécution, on peut encore se sentir libre mais ce n'est pas le martyre qu'on subit qui crée cette liberté."

André Breton, Nadja, 1964



vendredi 5 novembre 2010

Mon premier stage

Cela fait quelques mois que je n'ai pas posé de message ici. Coucou me revoici. Je suis rentré en Institut de Formation en Soins Infirmier en septembre 2010 après avoir passé mes concours d'entrée au cours du premier semestre. Certains se sont étonnés de cette reconversion professionnelle, mais sans que ce soit le "métier de ma vie", ou ma "vocation depuis que je suis tout petit", j'ai laissé le métier de musicien professionnel de côté sans beaucoup de regret finalement, car je gagne beaucoup au change; j'apprends beaucoup de choses mine de rien au niveau scientifique, j'ai la certitude de faire un beau métier, je ne travaille pas pour enrichir le capital, j'ai la sécurité de l'emploi, et je me sens utile.

Sur ce dernier point, je développe cette certitude de manière exponentielle ces derniers jours parce que je suis en train de réaliser mon premier stage, en hôpital gériatrique. J'ai la sensation d'être au cœur même de la vie, des problèmes des hommes, d'être un composant, avec le reste de l'équipe médical, du dernier filet de sauvetage entre la vie et la mort, quand des personnes âgées vous confient qu'elles se sentent parfois abandonnées, et que sinon personne ne s'occuperait d'elle (ce qui n'est pas forcément vrai, mais elles ont souvent des tendances dépressives dans leur situation). J'ai la chance d'être dans un bon service, dans un petit hôpital de campagne. Du personnel, peu de patients, c'est une situation rare aujourd'hui en France. Et du personnel qui en plus fait bien son travail, et surtout son travail de prévention. La preuve: je n'ai vu qu'une seule escarre de stade 2 depuis mon arrivée. Je mesure aussi la responsabilité du métier d'infirmier. Dans le service, une quinzaine de patient pour 1 infirmière et 4 ou 5 aide-soignantes. Le médecin vient faire son petit tour dans l'après-midi, mais le reste du temps c'est l'infirmière qui tient les manettes avec son rôle propre et son rôle sur prescription. Les situations sont tellement variées et inattendues, que l'on est bien obligé parfois de déborder du rôle sur prescription, mais dans le cadre de protocoles.

Dans l'obligation de valider ma Compétence 3 (pour ceux qui connaissent), je tente d'apprendre aussi le métier d'aide-soignant, et ce n'est pas de tout repos. Il faut avoir la tête de partout, surveiller tout, ne rien oublier, ne pas faire d'erreur, manipuler les patients avec douceur, laver les papy-mammy, les nourrir. Et là, on se sent utile. En fait, les moments où je suis (de "suivre") l'infirmière sont des période de repos pratiquement. Prise de tension, électro-cardiogramme, pose de sous-cutanée, sont des actes que je mets en relation avec la théorie et mes cours de biologie. Je dois en réaliser quelques uns pendant le stage (+ 1 recherche, + 2 analyses de pratique, + 1 analyse de situation, + 1 recueil de données... travailler + pour gagner + ... et ta sœur) J'inviterais volontiers un politicien à passer 1 journée dans les pas d'un(e) aide-soignant(e) et même à participer à certains actes avant de venir balancer aux Français qu'il faut "revaloriser la valeur travail". Ici je ne vois que des gens qui travaillent bien et en quantité suffisante.

lundi 21 juin 2010

La Guerre d'Algérie

J'ai terminé hier le dernier tome d'Yves Courrière, "Les Feux du Désespoir", du cycle "La Guerre d'Algérie" publié en 1971 chez Fayard. J'ai lu les quatre volumes sur plusieurs années, et ce dernier tome m'a paru le plus intéressant car il permet de comprendre nos relations contemporaines avec les Algériens et les descendants d'immigrés.

Cet épisode de l'histoire de France n'est pas assez enseigné dans nos école et mériterait d'y être mieux étudié pour comprendre notre histoire contemporaine. On se fait notre opinion généralement en lisant des articles de journaux, en entendant ici ou là des opinions presque toujours partisanes, mais on reste finalement ignorant des "Evènements". Je ne pourrai plus jamais entendre l'argument "tout n'était pas tout noir ou tout blanc". Bien sûr que si ! Il est possible, en se documentant et en réfléchissant un tant soit peu de se faire une opinion. La colonisation, tout comme le génocide, est intrinsèquement mauvaise. On nous fait part des "bienfaits" de la colonisation, mais c'est oublier que ces bienfaits sont venus très tard, trop tard, après les premiers évènements (bombardements de Sétif) et uniquement pour calmer les velléités revendicatives des autochtones; je sous-entends la période de "Pacification" (1945-1956) qui consista à souffler le chaud et le froid en même temps sur l'Algérie et son peuple. Tout en éduquant et en soignant ses enfants, on n'hésitait pas à pratiquer la répression sanglante et la torture sur ceux qui revendiquaient l'indépendance. Mais qui peut aujourd'hui encore croire que le Général de Bourmont, quand il posa son pied sur le sol algérien le 14 juin 1830 avec ses troupes, avait des intentions "civilisatrices" ?

Alors bien sûr, tous les Pieds-Noirs, nés sur cette terre d'Algérie, n'étaient pas des "salauds". L'Algérie étaient réellement leur pays, et on ne peut nier, au moment de l'exode, le déchirement et le traumatisme psychologique pour ceux qui y avaient vu le jour. Certains étaient même pour l'indépendance.

Je ne vais pas m'étendre ici sur ce sujet. En substance, je pourrais dire ceci: la Guerre d'Algérie est une période complexe, aussi complexe que le labyrinthe infini de l'âme humaine. Intrinsèquement, la colonisation est un concept mauvais: elle consiste à envahir un pays et à piller ses richesses tout en maintenant les autochtones dans une situation d'infériorité sociale et économique. Mais sur 133 ans de colonisation de l'Algérie, des millions de gens ont vu le jour, et on ne peut tous les blâmer pour le mal qui a été fait. Il reste que l'Histoire condamnera surement les responsables politiques qui ont fait fructifier les instincts de haine dans les deux camps (je songe entre autre aux massacres de certains Pieds-Noirs qui avaient choisi de rester en Algérie après l'indépendance) et qui, encore aujourd'hui, exploitent les ressentiments d'ex-colonialistes frustrés à des fins politiques (et là je vise le ministère de l'identité nationale) .

jeudi 18 mars 2010

Ma Grand-Mère

Aujourd'hui ma grand-mère a eu 85 ans. Pourquoi vous parlerais-je de ma grand-mère ? Qu'a-t-elle de plus qu'une autre grand-mère? Je ne peux pas dire que j'ai jamais été proche d'elle. Nous venons de deux mondes complètement différents. Je ne peux pas dire, comme Mickey 3D, que "mes plus lointains souvenirs remontent jusque dans ses bras". Elle n'est même plus la grand-mère que j'avais étant enfant. Ce n'est plus exactement la même personne.

Ma grand-mère est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Parfois transparait un trait de caractère authentique. Parfois même pendant environ 8 secondes (et 8 secondes, c'est énorme) elle est lucide. En cette période de transition pour moi, je la vois tous les jours. Tous les soirs nous la ramenons chez elle à pied en la tenant par le bras puis ma mère la couche. Elle vit dans un autre monde, et je vois que c'est pénible pour elle, je le lis sur son visage, je pense que de temps en temps elle se rend compte qu'elle "gatouille". Une des caractéristiques de la maladie, chez ma grand-mère, est de ressortir des souvenirs de son enfance, de poser des questions comme si elle vivait encore sa jeunesse. Des souvenirs incroyablement précis sur les bâtiments, les gens, telle personne. Et souvent il faut lui dire "Mais tu sais Mémé, M. Bidule est mort il y a bien longtemps". Et là je la vois troublée, et puis au bout de quelques secondes ça n'a plus aucune importance, elle est passée à autre chose, comme une enfant.

J'entends des gens dire qu'elle retombe en enfance, mais ce n'est pas vrai. Un enfant apprend, ma grand-mère désapprend.

Si elle vit dans le passé et se trompe en permanence sur la notion de temps (elle confonds passé, futur et présent), si elle est capable d'exprimer des souvenirs vieux de plusieurs décennies, il lui est en revanche impossible d'imprimer dans sa mémoire le moindre évènement récent ou immédiat.

Je crois que le plus troublant pour l'entourage est de voir la personnalité du malade changer. Ce n'est pas seulement qu'elle paraît être une enfant parfois, elle paraît être une autre enfant, qu'elle n'a jamais été. C'est très déstabilisant pour la famille. Evidemment surtout pour sa fille, ma mère. Cela fait sourire, ou exaspère ma mère. Connaissant le type d'éducation que ma grand-mère avait reçue, je comprends que ses comportements n'ont jamais pu être un élément de sa personnalité, à aucun moment de sa vie. Il arrive très souvent que ce soit de la démence. Des rires exagérés, des réactions infantiles incongrues, des mouvements de panique. Je lui dis de se calmer, des fois je lui dis "Mémé, tu gatouilles!". ça détend l'atmosphère ....

Et aussi je la regarde avec beaucoup de tendresse. Surement plus que si elle n'était pas malade. Parce que je sais que c'est une maladie dégénérescente, avec tout ce que cela implique. Non seulement elle ne s'améliorera jamais, mais en plus cela empirera, touchant les fonctions neurologiques, psychomotrices, et ce jusqu'à la mort. Et très certainement aussi parce que c'est ma grand-mère, ma seule grand-mère. Après elle ce sera une nouvelle génération, et puis ensuite mon tour. Et les années passent vite. Qu'aurai-je accompli d'ici là?

Je crois que la maladie et la mort des proches nous renvoient le reflet de notre existence. "Parce que dans quelques années, le temps d'un souffle à l'échelle de l'humanité, moi aussi j'en serai là. Aurai-je mieux fait qu'elle ? Qu'aurai-je accompli ? Serai-je satisfait de ce que j'ai fait de ma vie ?" Ces questions me taraudent. Il est évident que j'ai tort de me les poser. Que je dois vivre ma vie le mieux possible, en faisant tout ce que je veux le plus possible.

Ce qui m'étonne, en me relisant, c'est que je ne me pose même pas la question de savoir ce qu'il m'arrivera si je me retrouve dans la même situation, avec la même maladie ! Non, ce qui me trouble, c'est plutôt la perspective de la fin de mon existence. Il est donc évident que la mort d'un proche nous enlève quelque part un morceau de notre propre vie. Puisque c'est notre sang. Et pourtant, c'est aussi sans doute ce qui est beau, d'être dans ce cycle de la vie, de venir, d'exister, puis de partir. Comme un mouvement perpétuel.