Un jour un ami me dit: "On confond souvent travail et métier." Je trouvais cette remarque pertinente; notre petite discussion se tenait justement à l'époque du fameux slogan "Travailler plus pour gagner plus", aphorisme émanant de gens qui eux-mêmes n'ont que rarement expérimenté le concept "travail". Il serait en effet plus judicieux de dire "Travaillez à un métier que vous aimez", mais celà ne servirait pas la cause de ceux qui veulent nous faire croire que l'on peut devenir riche en travaillant (si devenir riche peut être une fin en soi pour d'aucuns).
Bien souvent, malheureusement, l'humain travaille à une tâche qui consiste à enrichir une seule classe d'individus (communément appelée la classe bourgeoise) voire un seul individu, et ce labeur se voit récompenser par une misérable obole que l'on a pris l'habitude de nommer "salaire",ce revenu ne représentant souvent pas la moitié de ce que l'on mérite. Quant à devenir riche, chers camarades, laissez tomber ! Les seuls riches sont les héritiers du colonialisme et de l'exploitation de l'homme par l'homme. De l'autre côté de la barrière, ferions-nous pareil ?
D'accord, j'en rajoute un peu.
Laissons place alors à la plume d'André Breton:
"Et qu'on ne me parle pas du travail, je veux dire de la valeur morale du travail. Je suis contraint d'accepter l'idée du travail comme nécessité matérielle, à cet égard je suis on ne peut plus favorable à sa meilleure, à sa plus juste répartition. Que les sinistres obigations de la vie me l'imposent, soit, qu'on me demande d'y croire, de révérer le mien ou celui des autres, jamais. Je préfère, encore une fois, marcher dans la nuit à me croire celui qui marche dans le jour. Rien ne sert d'être vivant, le temps qu'on travaille. L'évènement dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa propre vie, cet évènement que peut-être je n'ai pas encore trouvé mais sur la voie duquel je me cherche, n'est pas au prix du travail."
Et plus loin:
"Je hais, moi, de toutes forces, cet asservissement qu'on veut me faire valoir. Je plains l'homme d'y être condamné, de ne pouvoir en général s'y soustraire, mais ce n'est pas la dureté de sa peine qui me dispose en sa faveur, c'est et ce ne saurait être que la vigueur de sa protestation. Je sais qu'à un four d'usine, ou devant une de ces machines inexorables qui en imposent tout le jour, à quelques secondes d'intervalle, la répétition du même geste, ou partout ailleurs sus les ordres les moins acceptables, ou en cellule, ou devant un peloton d'exécution, on peut encore se sentir libre mais ce n'est pas le martyre qu'on subit qui crée cette liberté."
André Breton, Nadja, 1964
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